Son premier professeur de piano le destinait à la composition. II a intégré les classes d'écriture du Conservatoire National Supérieur de Paris avant celle de piano. Mathieu Papadiamandis est pourtant devenu pianiste. Plus tard, Ventsislav Yankoff, qui lui donna des cours particuliers avant de l'accueillir dans sa classe du Conservatoire, jugea bon de le soumettre à une année de travaux techniques intensifs. Depuis lors, Mathieu Papadiamandis ne s'est plus livré à ces plaisirs acrobatiques. II dit d'ailleurs ne pas en comprendre la nécessité. À la sortie du Conservatoire, il remporte brillamment les concours de Barcelone et Bolzano... Des erreurs de parcours ? Non. Des étapes dans une histoire qui préfère le tortueux au rectiligne, l'aventure à l'assurance, l'invention personnelle à la reconnaissance.

UN ROMANTIQUE LIBRE

Après les concours vient l'ère des questions. Le pianiste choisit alors de travailler en solitaire. C'est qu'il est en quête d'une " alchimie personnelle ", qu'il construit chemin faisant. Les concerts lui sont indispensables : chaque lieu, chaque public fait évoluer son interprétation. Il s'agit en effet, à mesure que l'on joue une oeuvre, de se rapprocher de son essence, rêve d'absolu que Mathieu Papadiamandis poursuit inlassablement. S'il reconnaît sortir toujours mécontent de ses concerts, il a appris, avec l'âge, à accepter la part d'inattendu qui fait la magie d'un moment dans lequel la liberté et l'improvisation ont cours. II envisage aujourd'hui le concert comme une occasion d'évoluer « Chaque expérience me fait avancer. », et si l'enregistrement d'un disque est un aboutissement, le concert relève de la recherche, moment nécessaire dans l'approche d'une oeuvre.
Les premières fois qu'il a joué la Sonate en si mineur de Liszt en public, Mathieu Papadiamandis avoue s'être demandé s'il arriverait au bout. Il a appris, peu a peu, à avoir de l'oeuvre une vision suffisamment englobante pour être certain de son endurance et ne plus éprouver de vertige. C'est cette sonate ardue, qui a su passer l'épreuve du concert, qu'il a choisi d'enregistrer pour son premier disque, paru chez EMI et entièrement consacré à Liszt. Et après Liszt ? Mathieu Papadiamandis parle de Scriabine. II aime aussi jouer Schubert, Brahms ou Rachmaninov. Si ses choix d'auditeur sont larges, ses regards d'interprète se tournent en effet presque unanimement vers le vaste horizon du Romantisme et du post-Romantisme, « un monde entier » dans lequel il ne se sent pas à l'étroit, un monde qui stimule son imaginaire. Peu importe pour lui d'être étiqueté « pianiste romantique ». Mathieu Papadiamandis joue ce qui lui plaît de jouer.

VAN GOGH ET INTERNET

Et quand il ne joue pas ? Il adore Wagner et Bruckner, Stravinsky et Bartok, Bach. À côté de pianistes comme Radu Lupu, Vladimir Horowitz, Clara Haskil et Dinu Lipatti, il cite Keith Jarrett, Brad Mehldau ou Bill Evans. Il dit apprendre beaucoup de la liberté de phrasé et de pulsation des pianistes de jazz, et admire les qualités d'écoute et la rapidité de réaction dont font preuve certains trios de jazz « de la musique de chambre non écrite » Lui-même se livre depuis toujours à l'improvisation.
De ses premiers pas de pianiste, à l'âge de cinq ans, à la sortie de son premier disque, un quart de siècle plus tard, Mathieu Papadiamandis vit son métier en explorateur. Il se définit comme « cérébral mais libre », et peut-être est-il tout entier dans cette étrange association. Les choses de l'esprit l'attirent. Celui qui avait déjà le bac en poche à son entrée au Conservatoire à l'âge de seize ans lit encore aujourd'hui volontiers de la philosophie, entre deux partitions. Et s'il nourrit une passion pour la peinture - il évoque Monet, Van Gogh et Rothko -, il ne conçoit pas la vie sans la toile du Net, sur laquelle il surfe depuis de nombreuses années - au point d'avoir lui-même construit son site, un livre d'instructions sous le bras.
Mathieu Papadiamandis est un curieux qui voit plus loin que le bout de son clavier. Il adore les tournées et jure ne pas travailler plus de quatre heures par jour. S'il reconnaît parfois ne pas toucher son piano de la journée, il n'en est jamais pour autant loin de la musique, dont il dit qu'elle ajoute à sa vie une dimension spirituelle. C'est qu'il entretient avec elle une relation qui se nourrit de sens, d'images, de questions et de découvertes, une relation toujours en partance: le pianiste ne sait pas ce que lui réservent les détours de son cheminement. C'est peut-être ça, être cérébral mais libre.

Gaëlle Plasseraud

 


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